Portrait d’Anna Le Boëdec, chargée de vie coopérative
Rédaction : Bérénice Schleret
Le direct est lancé. Sur les écrans, une première tôle d’acier est découpée. À distance, des centaines de personnes suivent ce moment en temps réel. Un geste industriel, en apparence. Mais chez Windcoop, il raconte autre chose : un projet maritime qui avance sous le regard de celles et ceux qui le portent. Car Windcoop ne construit pas seulement un porte-conteneurs à voile. Windcoop c’est aussi une coopérative. Avec des milliers de sociétaires et une gouvernance partagée, qu’il faut faire vivre, animer et organiser au quotidien. C’est précisément le rôle d’Anna Le Boëdec.
Un fil rouge : décarboner sans renoncer au collectif
Originaire du Finistère, Anna parle d’un lien « viscéral » au maritime. Depuis ses premiers pas dans le secteur, elle construit un parcours avec une ligne constante : contribuer à la décarbonation du transport maritime, sans lâcher l’exigence sociale et démocratique. « J’ai eu l’opportunité de participer à la création de deux compagnies maritimes, Iliens et Sailcoop. » Avant Windcoop, elle contribue ainsi au lancement de deux projets de transport de passagers à la voile, Iliens et Sailcoop, dont elle continue de suivre le développement.
Puis vient le saut d’échelle : Windcoop, et l’ambition inédite d’un porte-conteneurs à voile porté par une coopérative. Depuis fin 2023, elle y occupe le poste de chargée de vie coopérative. Et parce que la transition maritime se joue aussi “à bord”, elle obtient en 2025 son certificat de matelot de pont. À moyen terme, elle aspire à embarquer sur le futur porte-conteneurs à voile de Windcoop : le Miaraka.
La vie coopérative, c’est quoi ?
« La gouvernance est très différente d’une structure classique : nous comptons plus de2 500 sociétaires répartis en 7 catégories », pose Anna. Windcoop est une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) : une entreprise portée par plusieurs catégories de sociétaires, réunies au service d’un intérêt collectif : réduire l’impact du transport maritime, notamment les émissions de carbone, en développant du transport de marchandises à la voile. Statutairement, ces sept catégories rassemblent :
- Salariés/mandataires/équipage ;
- Contributeurs bénéficiaires ;
- Partenaires stratégiques ;
- Partenaires institutionnels ;
- Chargeurs bénéficiaires ;
- Porteurs de projet ;
- Partenaires financiers.
« La vie coopérative chez Windcoop consiste à faire vivre les principes et la culture coopérative au quotidien. Mon rôle consiste donc à assurer la coordination entre les membres de la coopérative et ses différentes instances, à animer la communauté et à m’assurer que les décisions et pratiques traduisent fidèlement nos valeurs coopératives. Concrètement, cela signifie transformer nos ambitions stratégiques en actions concrètes, maintenir l’engagement des sociétaires et garantir le bon fonctionnement quotidien de la coopération. »
Car, rappelle-t-elle, « la force de la coopérative repose sur la participation et la mobilisation collective » : « sans animation et coordination, les sociétaires risquent de se sentir éloignés, et les principes coopératifs, de ne pas être pleinement appliqués ».
Être sociétaire Windcoop : à quoi on participe, concrètement ?
Être sociétaire Windcoop, ce n’est pas seulement soutenir un projet. C’est entrer dans une coopérative où l’idée est que chacun puisse comprendre et prendre part, même si le maritime n’est pas son métier.
Comprendre.
« L’ambition de Windcoop est de rendre accessibles les grands enjeux du secteur maritime et de permettre à chacun de s’approprier la transformation de ce secteur », explique Anna. Pour y parvenir, « nous faisons vivre le projet auprès de l’ensemble des sociétaires grâce à différents formats de communication et de vulgarisation : newsletters, webinaires, webséries, réseaux sociaux, événements locaux… ». La participation, ajoute-t-elle, « évolue avec l’avancement du projet » et, à ce stade, « [il] nécessite de prendre fréquemment des décisions stratégiques ».
Décider.
Dans l’organisation de la coopérative, « chaque sociétaire appartient à une catégorie représentée par un délégué élu qui siège au Conseil d’Administration ». Et le rendez-vous central reste « l’Assemblée Générale annuelle, où chaque sociétaire vote les grandes résolutions et fait le point sur l’année passée et à venir ». « Contrairement à une structure classique, chaque voix compte, puisqu’une personne = une voix », rappelle Anna.
Contribuer.
Être sociétaire, c’est aussi « apprendre ensemble sur les enjeux maritimes, écologiques et coopératifs, partager des expériences, soutenir financièrement un projet d’intérêt collectif, et devenir acteur de la transition ». Et l’implication peut prendre des formes très différentes : « représenter Windcoop lors d’événements locaux, relayer les enjeux de décarbonation et du modèle coopératif, participer ponctuellement à des groupes de travail ou partager des expertises spécifiques, et contribuer à la communication et à la visibilité du projet ». « Chaque sociétaire peut devenir un véritable ambassadeur, en s’impliquant à son rythme, selon ses compétences, son temps et ses centres d’intérêt. » Pour que cette dynamique tienne dans la durée, conclut-elle, « il est essentiel pour moi d’échanger régulièrement avec les sociétaires afin de soutenir leur mobilisation et renforcer la dynamique collective ».
Dans les coulisses : coordonner, expliquer, animer
« Peu de gens connaissent vraiment ce métier, et il n’est pas toujours facile de l’expliquer clairement », reconnaît Anna. Son rôle touche à beaucoup de sujets, et il évolue selon la vie du projet et les périodes de l’année. « C’est un métier multitâche, un peu “fourre-tout”, et c’est justement ce qui me plaît : on sort de la routine, on découvre de nouvelles missions. » Parfois, dit-elle, ça déborde même de la fiche de poste : « je peux me retrouver à travailler sur le design graphique du porte-conteneurs, une tâche hors de mon périmètre habituel ».
Mais derrière cette diversité, il y a un point constant : « peu de gens imaginent aussi tout le travail nécessaire pour faire vivre la coopérative ». Un travail discret, « invisible mais essentiel », avec des enjeux très concrets. Car si le projet est souvent connu pour ses aspects maritimes, « l’importance de créer une culture coopérative commune est moins visible et pourtant centrale pour que le collectif fonctionne ».
Cette exigence se ressent d’autant plus que Windcoop appartient à des milliers de sociétaires. « Chaque décision et chaque action que nous prenons touchent directement des milliers de personnes qui nous font confiance pour porter leurs convictions, leur engagement et leurs ressources. » Pour l’équipe salariée, cela impose une rigueur particulière : « Nous n’avons pas le droit à l’erreur, ce qui nous oblige à être rigoureux, vigilants et pleinement investis dans ce que nous produisons au quotidien. » Et pour Anna, cette responsabilité est aussi une source de sens : « je ne travaille pas seulement pour moi ou pour un projet, mais pour une communauté tout entière ».
Conclusion
Le métier d’Anna raconte une autre facette de Windcoop : celle qu’on ne voit pas sur les rendus 3D ou les schémas techniques. Une coopérative, ce n’est pas seulement un statut. C’est une organisation vivante : des décisions à rendre compréhensibles, des débats à cadrer, des liens à entretenir, et une communauté à faire tenir dans la durée.
Chez Windcoop, on a choisi les voiles pour décarboner. Et on a choisi la SCIC pour que le transport maritime devienne un projet gouverné collectivement, avec celles et ceux qui le portent.
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